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La force mouvante de l’amour

Quand on aime quelqu’un, on ne l’aime pas tout le temps de la même manière et sans interruption. C’est impossible et c’est même un mensonge de le prétendre.

Pourtant, c’est ce que la plupart d’entre nous exigent. Nous faisons bien peu confiance au flux et reflux de la vie, de l’amour, de l’amitié. Nous ne voudrions que des moments de plénitude. La stagnation nous terrorise parce que nous craignons que les moments d’apogée ne reviennent jamais.

Nous ne parlons que de permanence, de durée, de continuité alors que la seule continuité possible dans la vie, dans l’amour, c’est l’évolution, la fluidité, la liberté.

La sécurité authentique ne se trouve ni dans la possession, pas même dans l’espoir. En amour, la sécurité ne consiste pas à se souvenir des moments passés ou à se demander de quoi sera fait l’avenir.

Notre seul terrain stable, c’est le présent. C’est pourquoi nous devons le vivre et l’accepter tel qu’il est maintenant.

Anne Morrow Lindberg

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Le sexe et l’entreprise parentale

Quel beau projet d’amour pour un couple que d’avoir un enfant et de construire une famille. Mais combien ce projet provoque l’effet d’un cataclysme dans la vie des couples ! En effet, l’arrivée d’un enfant amène de nombreux changements ainsi que de nombreux défis.  Nos responsabilités se multiplient alors que notre liberté elle, rétrécie. Nos priorités se modifient presque radicalement. C’est le changement à grande échelle: notre perception de nous-même change, nos relations avec les autres changent, notre corps se transforme, notre rapport au temps se modifie, nos vies professionnelles changent et c’est sans parler de la grosseur de notre portefeuille. L’arrivée d’un bébé est un véritable bouleversement psychologique.

En déployant beaucoup d’énergie et de ressources,  les couples parviennent à s’adapter et à se réorganiser dans cette nouvelle vie. Ils peuvent alors se recentrer peu à peu sur eux-mêmes. Ils recommencent à dormir, faire de l’activité physique, voir des amis… Ils reconnectent aussi petit à petit avec leur vie de couple et leur vie érotique.  Ils renouent avec le désir. Avant d’être parents, nous étions amants !

Malheureusement, plusieurs couples ont du mal à se retrouver après la naissance de leur enfant. Ils s’éloignent  lentement et s’isolent dans leur rôle de parents. L’efficacité et la productivité deviennent les valeurs importantes dans la vie familiale. On fixe sans cesse des priorités, on hiérarchise les choses à faire, les cruciales jusqu’aux moins importantes. Malheureusement, le sexe se retrouve bien souvent au bas de la liste, pour ne pas dire, relayé aux oubliettes.  Pourquoi le fait de devenir parent provoque la mort de la vie érotique des parents ? Qu’est-ce qui fait que l’élu(e) de votre coeur préfère la vaisselle à un moment de plaisir et de détente avec vous ? Y a-t-il d’autres enjeux que le temps et la surcharge de tâches qui expliquent cet abandon ou ce renoncement ?

Le premier enjeu est que la vie de famille a besoin de confort, de routine et de stabilité pour s’épanouir. Lorsque nous devenons parents, nous abandonnons tous les activités ou les intérêts que nous jugeons plus frivoles ou irresponsables. On abandonne la moto, le parachute, les sorties dans les clubs ou les sorties à l’improviste. Nous devenons sérieux. Malheureusement, le désir quant à lui, suffoque et s’ennuie dans cette atmosphère.

Un deuxième élément de réponse réside dans notre nouvelle façon de voir la vie avec les enfants. Depuis une bonne vingtaine d’années, nous avons tendance à vivre selon la doctrine «du bonheur des enfants avant tout». L’enfance est aujourd’hui  quasiment «sacralisée». Je vois beaucoup d’anxiété de performance chez les nouveaux parents face à ces nouvelles valeurs. Plusieurs font ce que j’appelle du «zèle parental». Ils désirent être des parents parfaits, c’est-à-dire le meilleur professeur, éducateur, stimulateur, psychologue, nutritionniste et j’en oublie certainement d’autres. Les parents d’aujourd’hui font tout en leur possible pour favoriser un développement parfait et sans blessures à leurs enfants. Ils sont devenus «le sens» à nos vies. Les parents deviennent alors tellement absorbés par leur rôle qu’ils ont du mal à s’en dégager lorsqu’ils en ont l’opportunité. Certaines femmes en particulier se donnent tellement dans leur rôle de mère qu’elles n’ont plus rien à donner pour leur conjoint le soir. Elles désirent s’appartenir pour un moment.

Il y a un autre phénomène (plus féminin celui-là) qui se produit en investissant autant les enfants. Le désir est réorienté vers eux. Le plaisir se trouve maintenant dans l’organisation de la fête d’enfant, dans l’apprentissage du massage des pieds ou dans la sortie au zoo pour stimuler bébé. Toute l’énergie créatrice et la vitalité nécessaires au désir et à l’érotisme sont orientées vers l’enfant. Il y a une certaine substitution. De plus, les contacts physiques d’une mère avec son enfant est source d’une multitude d’expériences sensuelles. Une mère peut éprouver un plaisir physique et émotionnel intense lorsqu’elle caresse la peau de son enfant, qu’elle le berce ou qu’elle l’endort contre elle. C’est un sentiment de fusion délicieux. Une cliente me faisait encore la réflexion hier : «Mon enfant me comble tellement… Je ne ressens plus le besoin de me blottir contre mon copain ». Les enfants ont droit à des étreintes pleines d’affection, il reste aux adultes les baisers rapides, sans grande conviction.

Finalement, il y a un autre phénomène courant (mais dont on parle moins) qui peut expliquer la mort de la vie sexuelle avec l’arrivée d’un enfant. Certains hommes peuvent avoir du mal à érotiser leur conjointe maintenant devenue mère. Certains s’éloignent même dès les premiers mois de grossesse. Les hommes expriment souvent une incapacité à  désirer leur femme comme ils le faisaient avant la naissance de leur trésor. Ils ont du mal à exprimer un désir plus «primitif» à la mère de leur enfant, à qui ils doivent amour et respect. «Je ne peux plus désirer ma femme de façon sauvage et passionnée. Je ne peux plus la posséder comme avant».

Il est possible de surmonter ces obstacles au désir. Pour y parvenir, il faut le valoriser, lui donner son importance. Il faut aussi se responsabiliser et agir lorsqu’on sent le désir se fatiguer. Je dis souvent aux hommes qu’il faut plutôt cultiver le désir chez leur conjointe plutôt que de simplement le surveiller. Les femmes quant à elles, doivent cesser de renoncer à leur vie de femme et d’amante en pensant être de meilleures mères de cette façon.  Reconquérir le plaisir est possible si on y met de l’intention.

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006

Le désir sexuel et le mythe de la spontanéité

Quand je discute de sexualité avec les couples qui me consultent, la perception qu’ils en ont est qu’elle se doit d’être facile, sans tensions et sans inhibitions. Les couples mentionnent systématiquement l’importance de la spontanéité dans leur vie sexuelle. Celle-ci implique une sexualité torride, qui se vit sur l’impulsion du moment. Pour plusieurs, cette passion du «je ne peux y résister, ici maintenant» est un idéal qu’ils recherchent à tout prix.  Pour ces couples, préméditer et planifier le sexe a quelque chose de louche ou de négatif. Ils préfèrent la croyance que le désir sexuel est le résultat d’une chimie des corps ou de la magie.

Lorsque mes clients décrivent avec mélancolie l’époque où leur désir s’enflammait en un rien de temps, je leur explique que la spontanéité «des débuts» est un mythe.  Ce qui semble spontané aux couples, a en fait demandé des heures ou des jours de préparation. Planifier la sortie avec son élu(e), choisir sa tenue, la musique d’ambiance, le restaurant… Toute cette créativité, ce désir de surprendre l’autre et de le séduire; toute cette mise en scène participe activement à la montée du désir sexuel. Il y a donc planification.

Dans une relation à long terme, ce qui devrait arriver tout seul, n’arrive pas ! Le sexe se prévoit. Mais, qu’est-ce que le mot planification signifie ?

Il signifie de mettre de l’intention. Je ne veux pas dire d’inscrire à l’horaire de votre agenda une séance de sexe ou de l’inscrire sur votre liste comme une tâche à faire dans la journée. Mettre de l’intention veut dire : faire une place à l’érotisme dans votre vie à deux. Pour y parvenir, vous avez besoin de prendre le temps. Comme lorsque vous désirez faire plaisir à votre conjoint(e) et lui faire un bon repas. Vous prenez le temps de choisir ce que vous allez préparer, d’aller chercher vos légumes frais, la viande chez le boucher, une bonne bouteille de vin qui s’agence bien avec votre plat. Toutes ces attentions, cette intention, c’est ce qui fait que votre souper sera réussi. La vie sexuelle a besoin de cette même planification.

Plusieurs me disent que cela n’est pas naturel de faire la même chose avec la sexualité. Ils mentionnent même que c’est laborieux pour eux de le faire. Comme si la  séduction était réservée uniquement aux couples qui apprennent à se connaître !  Si vous désirez une sexualité excitante, vous devez apprendre par moments à considérer votre conjoint(e) comme un agréable met à déguster ! Il est tout à fait normal que votre partenaire ne soit pas tout le temps dans les mêmes dispositions que vous. Il faut prendre le temps de l’aider à vous rejoindre en lui donnant un peu plus d’attention et d’affection. Croire à une sexualité spontanée dans la vie de couple a l’effet pervers (excusez le jeu de mot !) de vous déresponsabiliser face à votre désir et votre vie érotique.

Organiser et planifier des soirées intimes à l’avance peut également générer de l’attente. C’est un élément important dans le désir. Dans l’attente, on laisse notre imaginaire faire son oeuvre, on espère aussi. Cette attente peut devenir un langoureux préliminaire.  Fiez-vous sur moi, le« cadre de porte de chambre à coucher magique» qui stimule le désir n’existe pas encore sur le marché. Pour passer un beau moment au lit, cela nécessite en général un peu plus de temps et d’énergie que 15 minutes après les nouvelles de Céline Galipeau !

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006

Les 3 ingrédients de base d’une vie de couple heureuse

Je viens de lire les statistiques sur la vie de couple. Elles sont assez préoccupantes…

  • La probabilité de séparation des couples mariés depuis les années 70 est de 50%, ceux mariés depuis les années 1990 est de 67%.
  • Les couples en famille reconstituées ont 10% de plus de probabilité de se séparer que ceux dans une première union.
  • Parmi les couples qui décident de rester ensemble, 50% ont le sentiment de se supporter pendant des décennies.
  • Il reste donc 15 à 20 % de couples véritablement heureux à long terme.

Plusieurs facteurs peuvent aider à expliquer cette situation. Tout d’abord, la pratique religieuse ayant diminuée, les gens se donnent maintenant le droit à la séparation et au divorce. Ils n’ont plus la pression qu’imposait autrefois les valeurs religieuses. Deuxièmement, l’autonomie financière des femmes peut expliquer en partie  l’augmentation des divorces et  des séparations. En effet, 65 à 80% des séparations sont initiées par des femmes.  En pouvant maintenant assurer leur subsistance seules, elles deviennent plus libres de choisir le mode de vie qui leur convient.

Finalement, la société a bien changé depuis 30-40 ans. Nous nageons actuellement dans une société où l’individualisme et la consommation prédominent. Le couple s’est transformé en structure avant tout émotionnelle qui doit permettre le bien-être personnel ou mieux encore, l’accomplissement personnel. Le couple est devenu «la condition au bonheur». Il nous faut à tout prix réussir notre vie conjugale pour parvenir à réussir sa vie. L’amour est devenu une performance et la vie de couple est son résultat. Dans ces conditions, les crises de la vie de couple sont perçues comme anormales et aliénantes. Plutôt que de traverser les tempêtes, les couples qui désirent préserver leur objectif de réussite sont tentés de quitter leur relation. On est donc dans une mentalité du «jeter après usage».

Mais qu’est-ce que les couples heureux font de différent qui les aident à traverser le temps ? Comment faire pour ne pas faire partie de ces sombres statistiques ?

En fait, on retrouve chez les couples heureux à long terme, trois caractéristiques de base très importantes :

  1. Les membres du couple ont une profonde amitié l’un envers l’autre. Ils ont beaucoup d’affection, de sympathie et de respect l’un pour l’autre. Les partenaires ont une bonne connaissance de chacuns d’eux (goûts, rêves, besoins et attentes) et ils ont un plaisir certain à se retrouver ensemble.
  2. Ils ont un «compte de banque émotif» positif. Ce compte en banque se garnit entre autre par l’expression quotidienne de messages positifs par chacun des partenaires.  Il se garnit également par des marques d’affection et des marques d’attention régulières.  Celles-ci peuvent être très simples. En ayant un compte en banque émotif bien rempli, les situations conflictuelles se vivent plus facilement. Les couples ont plus de tolérance et moins de  remises en question lors de problèmes. Le conflit représente un simple retrait dans l’épargne accumulée.  Par contre, si notre compte en banque émotif est pauvre, chaque conflit a un impact important sur le compte en question et peut nous mener rapidement à la faillite.
  3. Les partenaires utilisent des stratégies de désamorçage en prévention et en situation de conflit. Ils mettent en pratique  l’humour, l’écoute et l’humilité.  Ils sont capables de reconnaître les émotions de leur partenaire. Ils désamorçent les bougies d’allumage en reconnaissant leurs torts, en étant capable de s’excuser et de donner raison à leur partenaire.

Une vie de couple satisfaisante à long terme exige d’être attentif à nos besoins et à ceux de notre partenaire. Elle nous demande également d’investir du temps, de l’écoute, de l’empathie et de l’énergie. Un couple, c’est comme une plante… Il faut l’arroser toutes les semaines si on veut qu’elle grandisse…

Si vous désirez approfondir le sujet et en savoir plus sur les outils pour une vie de couple épanouie, voici des suggestions de lecture :

  • Qui sont les couples heureux ? Surmonter les crises et les conflits du couple. Yvon Dallaire. Editions Option Santé. 2006
  • The seven principles for makking a marriage work: A Practical Guide from the Country’s Foremost Relationship Expert. John Gottman Ph. D. Three Rivers Press. 1999.
référence: Yvon Dallaire, Qui sont les couples heureux? Surmonter les crises et les conflits du couple, Éditions Option Santé, 2006

Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.