Posts Tagged 'enfant'

Le sexe et l’entreprise parentale

Quel beau projet d’amour pour un couple que d’avoir un enfant et de construire une famille. Mais combien ce projet provoque l’effet d’un cataclysme dans la vie des couples ! En effet, l’arrivée d’un enfant amène de nombreux changements ainsi que de nombreux défis.  Nos responsabilités se multiplient alors que notre liberté elle, rétrécie. Nos priorités se modifient presque radicalement. C’est le changement à grande échelle: notre perception de nous-même change, nos relations avec les autres changent, notre corps se transforme, notre rapport au temps se modifie, nos vies professionnelles changent et c’est sans parler de la grosseur de notre portefeuille. L’arrivée d’un bébé est un véritable bouleversement psychologique.

En déployant beaucoup d’énergie et de ressources,  les couples parviennent à s’adapter et à se réorganiser dans cette nouvelle vie. Ils peuvent alors se recentrer peu à peu sur eux-mêmes. Ils recommencent à dormir, faire de l’activité physique, voir des amis… Ils reconnectent aussi petit à petit avec leur vie de couple et leur vie érotique.  Ils renouent avec le désir. Avant d’être parents, nous étions amants !

Malheureusement, plusieurs couples ont du mal à se retrouver après la naissance de leur enfant. Ils s’éloignent  lentement et s’isolent dans leur rôle de parents. L’efficacité et la productivité deviennent les valeurs importantes dans la vie familiale. On fixe sans cesse des priorités, on hiérarchise les choses à faire, les cruciales jusqu’aux moins importantes. Malheureusement, le sexe se retrouve bien souvent au bas de la liste, pour ne pas dire, relayé aux oubliettes.  Pourquoi le fait de devenir parent provoque la mort de la vie érotique des parents ? Qu’est-ce qui fait que l’élu(e) de votre coeur préfère la vaisselle à un moment de plaisir et de détente avec vous ? Y a-t-il d’autres enjeux que le temps et la surcharge de tâches qui expliquent cet abandon ou ce renoncement ?

Le premier enjeu est que la vie de famille a besoin de confort, de routine et de stabilité pour s’épanouir. Lorsque nous devenons parents, nous abandonnons tous les activités ou les intérêts que nous jugeons plus frivoles ou irresponsables. On abandonne la moto, le parachute, les sorties dans les clubs ou les sorties à l’improviste. Nous devenons sérieux. Malheureusement, le désir quant à lui, suffoque et s’ennuie dans cette atmosphère.

Un deuxième élément de réponse réside dans notre nouvelle façon de voir la vie avec les enfants. Depuis une bonne vingtaine d’années, nous avons tendance à vivre selon la doctrine «du bonheur des enfants avant tout». L’enfance est aujourd’hui  quasiment «sacralisée». Je vois beaucoup d’anxiété de performance chez les nouveaux parents face à ces nouvelles valeurs. Plusieurs font ce que j’appelle du «zèle parental». Ils désirent être des parents parfaits, c’est-à-dire le meilleur professeur, éducateur, stimulateur, psychologue, nutritionniste et j’en oublie certainement d’autres. Les parents d’aujourd’hui font tout en leur possible pour favoriser un développement parfait et sans blessures à leurs enfants. Ils sont devenus «le sens» à nos vies. Les parents deviennent alors tellement absorbés par leur rôle qu’ils ont du mal à s’en dégager lorsqu’ils en ont l’opportunité. Certaines femmes en particulier se donnent tellement dans leur rôle de mère qu’elles n’ont plus rien à donner pour leur conjoint le soir. Elles désirent s’appartenir pour un moment.

Il y a un autre phénomène (plus féminin celui-là) qui se produit en investissant autant les enfants. Le désir est réorienté vers eux. Le plaisir se trouve maintenant dans l’organisation de la fête d’enfant, dans l’apprentissage du massage des pieds ou dans la sortie au zoo pour stimuler bébé. Toute l’énergie créatrice et la vitalité nécessaires au désir et à l’érotisme sont orientées vers l’enfant. Il y a une certaine substitution. De plus, les contacts physiques d’une mère avec son enfant est source d’une multitude d’expériences sensuelles. Une mère peut éprouver un plaisir physique et émotionnel intense lorsqu’elle caresse la peau de son enfant, qu’elle le berce ou qu’elle l’endort contre elle. C’est un sentiment de fusion délicieux. Une cliente me faisait encore la réflexion hier : «Mon enfant me comble tellement… Je ne ressens plus le besoin de me blottir contre mon copain ». Les enfants ont droit à des étreintes pleines d’affection, il reste aux adultes les baisers rapides, sans grande conviction.

Finalement, il y a un autre phénomène courant (mais dont on parle moins) qui peut expliquer la mort de la vie sexuelle avec l’arrivée d’un enfant. Certains hommes peuvent avoir du mal à érotiser leur conjointe maintenant devenue mère. Certains s’éloignent même dès les premiers mois de grossesse. Les hommes expriment souvent une incapacité à  désirer leur femme comme ils le faisaient avant la naissance de leur trésor. Ils ont du mal à exprimer un désir plus «primitif» à la mère de leur enfant, à qui ils doivent amour et respect. «Je ne peux plus désirer ma femme de façon sauvage et passionnée. Je ne peux plus la posséder comme avant».

Il est possible de surmonter ces obstacles au désir. Pour y parvenir, il faut le valoriser, lui donner son importance. Il faut aussi se responsabiliser et agir lorsqu’on sent le désir se fatiguer. Je dis souvent aux hommes qu’il faut plutôt cultiver le désir chez leur conjointe plutôt que de simplement le surveiller. Les femmes quant à elles, doivent cesser de renoncer à leur vie de femme et d’amante en pensant être de meilleures mères de cette façon.  Reconquérir le plaisir est possible si on y met de l’intention.

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006
Publicités

La séparation: comment éviter de piéger les enfants

Quelle qu’en soit la cause, la séparation entraîne avec elle une gamme d’émotions intenses. Il est tout à fait normal d’éprouver des sentiments de tristesse, de colère, d’être déprimé et confus suite à celle-ci. Le vide laissé par la rupture peut entraîner plusieurs réactions difficiles à gérer ainsi qu’une profonde désorganisation.

Lorsque des enfants sont impliqués dans la séparation, les émotions et les blessures vécues peuvent entraver la communication et la collaboration entre les parents par rapport à ces derniers. Il est important de tenter de les protéger dans cette tempête d’émotions et de changements. La séparation est un changement important pour l’enfant, mais les querelles, les guerres et les luttes de pouvoir sont beaucoup plus destructrices pour lui que la séparation en elle-même.

Voici donc les pièges malsains à éviter avec vos enfants si vous vivez une séparation :

L’enfant-messager : « Tu diras à ton père de me payer la pension !»

L’enfant se retrouve déchiré entre ses deux parents et bien placé pour recevoir l’agressivité et la colère de part et d’autre. Dites-vous bien que la colère que vous avez ou que vous redoutez chez  l’autre, c’est votre enfant qui la recevra.

L’enfant-espion : «Est-ce que ta mère est sortie ? Avec qui ?»

Questionner votre enfant sur la vie intime de l’autre démontre que vous n’avez pas fait le deuil de votre relation. Ce type de question place l’enfant dans un conflit de loyauté. Soit il vous déplaît en ne répondant pas, soit il devient déloyal envers son autre parent s’il vous parle. Votre enfant se sent perdant à tous les niveaux.

L’enfant-témoin : «Regarde comment ton père me traite. Tu as vu ce qu’il m’a fait ?»

En dénigrant l’autre parent pour vous valoriser, vous forcez l’enfant à choisir entre deux parents qu’il aime. De plus, s’il s’identifie au parent que vous dénigrez, il se jugera aussi mauvais que l’évaluation que vous en faites. Cette attitude est fréquente lorsqu’un parent est insécure vis-à-vis de l’amour que son enfant lui porte. La peur que l’enfant préfère l’autre foyer peut l’inciter à agir de la sorte.

L’enfant-béquille : «Je ne sais pas ce que je ferais sans toi»

Il faut éviter de s’appuyer sur l’enfant. C’est lui qui a besoin de compter sur vous pour faire face aux changements que provoque la séparation. De plus, devenir l’univers de son parent peut devenir étouffant pour un enfant.

L’enfant-bouc émissaire : «C’est de ta faute si je ne peux refaire ma vie»

Votre enfant peut réagir à l’arrivée d’une nouvelle personne dans votre vie. Il peut tenter de l’éloigner par peur de vous perdre. Rappelez-vous que vous ne pouvez rendre votre enfant responsable de situations qui vous appartiennent. Vous êtes l’adulte qui se sépare et qui refait sa vie. L’enfant tente de s’adapter à vos décisions.

L’enfant adulte : «Tu remplaces ton père, tu es un homme maintenant»

Il est normal de centrer notre affection sur nos enfants au début de la séparation. Par contre, il faut éviter de les étouffer et de les rendre responsable de notre bonheur. La place du conjoint perdu ne peut être remplacée par l’enfant.

L’enfant-monnaie d’échange : «Je veux la garde partagée pour ne pas payer de pension»

Garder un enfant avec soi pour des raisons financières a un impact sur son développement. L’enfant ressentira votre manque de disponibilité ou votre manque d’intérêt. Il est bon de revoir vos motivations.

L’enfant-confident : «Je suis tellement triste de la séparation, comment vais-je m’en sortir»

Le rôle d’un parent consiste à écouter et apaiser les peines de son enfant, pas l’inverse. Pour bien se développer, un enfant a besoin de pouvoir s’appuyer sur son parent en cas de besoin. Vous êtes sa sécurité. Vous pouvez montrer vos émotions, mais évitez de lui donner la responsabilité de les changer.

L’enfant-otage : «Tu peux dire adieu à ton enfant si cet homme entre dans la maison»

Parfois la souffrance engendre un désir de contrôle et de vengeance qui aveugle le bon jugement. Rien ne mérite de priver un enfant de son parent (à moins de mauvais traitements). L’enfant se retrouve la victime éternelle de cette lutte de pouvoir entre parents.

Finalement, le deuil de la personne aimée et de la vie familiale n’est pas de tout repos. Un des meilleurs gages de réussite est la présence d’un bon réseau de soutien. N’hésitez pas à aller chercher de l’aide auprès de vos proches ou auprès de professionnels afin de protéger le plus possible vos enfants qui ne sont pas responsables de ce qui arrive.  Être bien entouré vous permettra aussi de retrouver votre équilibre plus rapidement.

Référence : Du nouvel amour à la famille recomposée, la grande traversée, de Gisèle Larouche, Éditions de l’homme.


Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.