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Cette culpabilité qui nous emprisonne

Si la culpabilité est inscrite dans nos gènes et dans notre culture judéo-chrétienne, elle est également le construit de notre culture. Nous avons comme société dicté des règles, des lois et nous avons défini la notion de bien et de mal.  Ainsi, peu d’individus échappent au sentiment de culpabilité.

La culpabilité survient lorsqu’on a l’impression d’avoir commis une faute, ou qu’on a le sentiment d’être en faute. À tort ou à raison, nous avons le sentiment de faire, de penser, de dire, ou de vivre quelque chose de non-acceptable, de non-autorisé ou de non-désirable pour les autres. On porte une responsabilité personnelle dans un événement fâcheux. Il se manifeste en nous alors, de l’angoisse, des obsessions ou des ruminations, de la honte, du doute, des sentiments dépressifs et très souvent, une dévalorisation de soi.

Les racines de la culpabilité

La racine de la culpabilité se trouve plus souvent qu’autrement, dans la petite enfance. C’est une époque où l’égocentrisme de l’enfant lui faire croire qu’il est au centre de tous les événements, et par conséquent, qu’il en est responsable. Lorsqu’il y a des souffrances, des difficultés ou des drames familiaux tels que la maladie d’un membre de la famille ou même la mort, des conflits conjugaux ou un divorce, l’alcoolisme d’un père ou la dépression d’une mère, l’enfant croit que c’est par sa faute. Il se croit coupable de tous les événements négatifs.

La souffrance de l’enfant est d’autant plus grande étant donné son impuissance à éliminer cette souffrance qui le touche lui, ainsi que ses proches. Dans son sentiment de toute-puissance propre à l’enfance, il nourrit l’illusion qu’il peut réparer, combler, rendre heureux, guérir, se faire aimer.  Lorsqu’il réalise qu’il ne peut y parvenir, il préfère se sentir coupable que de se reconnaître impuissant.

Il n’y a pas que les drames familiaux qui sont un terrain fertile à la culpabilité. Les carences affectives provoquées par le fait de ne pas avoir été désiré comme enfant, de ne pas avoir été reconnu, d’avoir été abandonné ou négligé peuvent générer de la culpabilité. En effet, l’enfant qui ne se sent pas aimé a tendance à se remettre en cause. Il a l’impression de ne pas être assez bien pour être apprécié et entouré. S’il manque  d’amour, d’affection et de reconnaissance, c’est par sa faute. Adulte, il aura tendance à douter et à constamment se remettre en cause.

Si l’enfant se sent rejeté, non-aimé, il risque de développer la culpabilité de ne pas être à la hauteur, de ne pas être suffisamment intéressant, digne d’amour. Adulte, il peut devenir très exigeant envers lui-même pour deux raisons. Il désire rehausser son estime personnelle et enfin mériter l’amour des autres. Il veut gagner sa place affective. Malheureusement, cette stratégie a un effet pervers. La barre est souvent trop haute et engendre un sentiment permanent d’insatisfaction ainsi que la croyance «tu pourrais faire mieux».

Finalement, il est clair qu’avoir une éducation particulièrement rigide, normative, empreinte de «il faut que tu… tu te dois de….» provoque une tendance à la culpabilisation. Les parents enclins aux reproches, à la punition, à la domination tout en laissant peu de place à l’expression des sentiments de l’enfant, favorisent l’émergence de la culpabilisation.

Culpabilité agissante à l’âge adulte

Selon le vécu familial,  le rôle joué dans la famille, les carences ressenties, les demandes explicites et implicites parentales, nous pouvons traîner avec nous des sentiments liés à la culpabilité :

  • Sentiment de «ne pas être assez bien» : avoir l’impression de ne jamais mériter l’estime des autres. On nourrit l’idée que les autres sont toujours plus intéressants, plus aimables, plus beaux, plus intelligents, ou qu’ils réussissent mieux.
  • Sentiment de «mal» faire : avoir le sentiment de ne jamais faire ce qu’il «faut», ni le faire suffisamment bien. Sentiment que d’autres feraient mieux, ou font mieux.
  • Sentiment de ne pas être «comme il faut» : avoir l’impression de ne pas correspondre aux attentes des autres, aux désirs des autres, de ne pas entrer dans le «moule».
  • Sentiment de faire «du mal» : Si la personne fait quelque chose pour elle par plaisir ou pour son propre intérêt, elle a l’impression de faire du mal à autrui, de causer du tort aux autres.  Elle se juge égoïste.
  • Sentiment de ne pas «avoir de droits» : Être imprégné d’un sentiment de ne pas avoir le droit de faire, de dire, de penser, de désirer ou même d’exister. La moindre expression de soi-même est difficile. Vouloir se réaliser et s’affirmer provoque un sentiment d’être en faute.
  • Hyper-responsabilisation : Se sentir trop responsable des autres, de leur sort, de leur bien-être, de leurs réactions, de leur évolution. Être trop sensible aussi à ses propres devoirs et responsabilités.

Etre soi-même sans culpabiliser; c’est être responsable oui, mais coupable, non.

Lorsque nous sommes imprégnés de culpabilité, nous avons tendance à déformer la réalité. Il est difficile d’analyser les événements et situations avec objectivité.   Nous avons tendance à dramatiser un élément, minimiser l’essentiel,  ne voir que nos manques ou lacunes ou bien attribuer un pouvoir à l’autre tout en se destituant du nôtre. On devient passif, prisonnier de nos règles ou de nos blâmes.

Afin de ne plus être prisonnier de cette culpabilité toxique, il est bon de se responsabiliser face à nos choix, nos actions, nos manques et nos besoins.  Lorsqu’on se responsabilise, on peut grandir, changer, évoluer. Nos potentialités peuvent se déployer.

Voici donc ce que la responsabilisation implique:

  1. Identifier de quoi on se sent coupable
    Quels sont les faits ? Quelle faute pense-t-on avoir commise ? Quel est l’enjeu pour soi dans la situation vécue ?
  2. Faire des liens et rechercher l’origine de sa culpabilité
    Il est bon de repérer ce qui peut être à l’origine de son sentiment de culpabilité.  Y a-t-il eu dans votre passé familial un événement négatif dont vous avez pu vous croire coupable ? L’un de vos parents était-il très exigeant avec vous ? Votre éducation a t-elle été très stricte, rigide ? Vos parents vivaient-ils dans la culpabilité ? Travaillez-vous dans un milieu culpabilisant ou infantilisant ? etc…
  3. Faire son autocritique
    Cette étape consiste à reconnaître ses torts ou ses erreurs le plus honnêtement possible ainsi que le plus objectivement possible. Cette étape implique aussi de tenir compte également de la responsabilité de l’autre dans la situation. Ne vous exigez-pas la perfection !
  4. Chercher des solutions constructives
    Il s’agit de se questionner si on peut réparer la situation, et comment. Se questionner aussi sur ce que l’on pourrait faire mieux la prochaine fois. C’est aussi identifier ce qui peut être dit ou fait de constructif, pour soi, et pour les autres. Quelles sont les réactions, les attitudes, les décisions ou les changements que je trouve appropriés face à ce qui est arrivé.
  5. Devenir responsable
    Faire des choix par rapport à notre sentiment de culpabilité et par rapport à la situation vécue. Cela veut dire prendre action, s’expliquer, Chercher le dialogue, mettre en application les solutions identifiées. Cela veut dire aussi apprendre à dire non, mettre des limites, nommer à l’autre sa responsabilité et être conscient de son propre pouvoir.
Référence: Sarah Famery, Etre soi sans culpabiliser, Editions Groupe Eyrolles, 2008.
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Le sexe et l’entreprise parentale

Quel beau projet d’amour pour un couple que d’avoir un enfant et de construire une famille. Mais combien ce projet provoque l’effet d’un cataclysme dans la vie des couples ! En effet, l’arrivée d’un enfant amène de nombreux changements ainsi que de nombreux défis.  Nos responsabilités se multiplient alors que notre liberté elle, rétrécie. Nos priorités se modifient presque radicalement. C’est le changement à grande échelle: notre perception de nous-même change, nos relations avec les autres changent, notre corps se transforme, notre rapport au temps se modifie, nos vies professionnelles changent et c’est sans parler de la grosseur de notre portefeuille. L’arrivée d’un bébé est un véritable bouleversement psychologique.

En déployant beaucoup d’énergie et de ressources,  les couples parviennent à s’adapter et à se réorganiser dans cette nouvelle vie. Ils peuvent alors se recentrer peu à peu sur eux-mêmes. Ils recommencent à dormir, faire de l’activité physique, voir des amis… Ils reconnectent aussi petit à petit avec leur vie de couple et leur vie érotique.  Ils renouent avec le désir. Avant d’être parents, nous étions amants !

Malheureusement, plusieurs couples ont du mal à se retrouver après la naissance de leur enfant. Ils s’éloignent  lentement et s’isolent dans leur rôle de parents. L’efficacité et la productivité deviennent les valeurs importantes dans la vie familiale. On fixe sans cesse des priorités, on hiérarchise les choses à faire, les cruciales jusqu’aux moins importantes. Malheureusement, le sexe se retrouve bien souvent au bas de la liste, pour ne pas dire, relayé aux oubliettes.  Pourquoi le fait de devenir parent provoque la mort de la vie érotique des parents ? Qu’est-ce qui fait que l’élu(e) de votre coeur préfère la vaisselle à un moment de plaisir et de détente avec vous ? Y a-t-il d’autres enjeux que le temps et la surcharge de tâches qui expliquent cet abandon ou ce renoncement ?

Le premier enjeu est que la vie de famille a besoin de confort, de routine et de stabilité pour s’épanouir. Lorsque nous devenons parents, nous abandonnons tous les activités ou les intérêts que nous jugeons plus frivoles ou irresponsables. On abandonne la moto, le parachute, les sorties dans les clubs ou les sorties à l’improviste. Nous devenons sérieux. Malheureusement, le désir quant à lui, suffoque et s’ennuie dans cette atmosphère.

Un deuxième élément de réponse réside dans notre nouvelle façon de voir la vie avec les enfants. Depuis une bonne vingtaine d’années, nous avons tendance à vivre selon la doctrine «du bonheur des enfants avant tout». L’enfance est aujourd’hui  quasiment «sacralisée». Je vois beaucoup d’anxiété de performance chez les nouveaux parents face à ces nouvelles valeurs. Plusieurs font ce que j’appelle du «zèle parental». Ils désirent être des parents parfaits, c’est-à-dire le meilleur professeur, éducateur, stimulateur, psychologue, nutritionniste et j’en oublie certainement d’autres. Les parents d’aujourd’hui font tout en leur possible pour favoriser un développement parfait et sans blessures à leurs enfants. Ils sont devenus «le sens» à nos vies. Les parents deviennent alors tellement absorbés par leur rôle qu’ils ont du mal à s’en dégager lorsqu’ils en ont l’opportunité. Certaines femmes en particulier se donnent tellement dans leur rôle de mère qu’elles n’ont plus rien à donner pour leur conjoint le soir. Elles désirent s’appartenir pour un moment.

Il y a un autre phénomène (plus féminin celui-là) qui se produit en investissant autant les enfants. Le désir est réorienté vers eux. Le plaisir se trouve maintenant dans l’organisation de la fête d’enfant, dans l’apprentissage du massage des pieds ou dans la sortie au zoo pour stimuler bébé. Toute l’énergie créatrice et la vitalité nécessaires au désir et à l’érotisme sont orientées vers l’enfant. Il y a une certaine substitution. De plus, les contacts physiques d’une mère avec son enfant est source d’une multitude d’expériences sensuelles. Une mère peut éprouver un plaisir physique et émotionnel intense lorsqu’elle caresse la peau de son enfant, qu’elle le berce ou qu’elle l’endort contre elle. C’est un sentiment de fusion délicieux. Une cliente me faisait encore la réflexion hier : «Mon enfant me comble tellement… Je ne ressens plus le besoin de me blottir contre mon copain ». Les enfants ont droit à des étreintes pleines d’affection, il reste aux adultes les baisers rapides, sans grande conviction.

Finalement, il y a un autre phénomène courant (mais dont on parle moins) qui peut expliquer la mort de la vie sexuelle avec l’arrivée d’un enfant. Certains hommes peuvent avoir du mal à érotiser leur conjointe maintenant devenue mère. Certains s’éloignent même dès les premiers mois de grossesse. Les hommes expriment souvent une incapacité à  désirer leur femme comme ils le faisaient avant la naissance de leur trésor. Ils ont du mal à exprimer un désir plus «primitif» à la mère de leur enfant, à qui ils doivent amour et respect. «Je ne peux plus désirer ma femme de façon sauvage et passionnée. Je ne peux plus la posséder comme avant».

Il est possible de surmonter ces obstacles au désir. Pour y parvenir, il faut le valoriser, lui donner son importance. Il faut aussi se responsabiliser et agir lorsqu’on sent le désir se fatiguer. Je dis souvent aux hommes qu’il faut plutôt cultiver le désir chez leur conjointe plutôt que de simplement le surveiller. Les femmes quant à elles, doivent cesser de renoncer à leur vie de femme et d’amante en pensant être de meilleures mères de cette façon.  Reconquérir le plaisir est possible si on y met de l’intention.

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006

Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.