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«The Sessions» : La personne avec un handicap peut-elle avoir droit à une santé sexuelle?

L’arrivée prochaine du film «The sessions» sur les écrans américains (19 octobre 2012) risque de faire couler beaucoup d’encre. En effet, ce film aborde un sujet encore tabou aujourd’hui; le droit à la sexualité chez la personne en situation de handicap. Le film risque également d’échauffer les esprits et de faire du bruit puisqu’il aborde une pratique encore méconnue et non acceptée au Québec,  les «sex surrogates» ou les services d’assistance sexuelle.

Pour vous mettre dans le contexte, je joins la bande annonce anglaise du film (je n’ai malheureusement pas trouvé la version française). Il s’agit d’une histoire vécue (mais romancée) d’un homme lourdement handicapé qui désire perdre sa virginité. Pour y parvenir, il est accompagné par un prêtre et d’une thérapeute en assistance sexuelle ou communément appelé «sex surrogate». Cette «sex surrogate» incarnée par Helen Hunt est très connue aux États-Unis et se nomme Cheryl Cohen.

Oui oui, je vous entends penser! Le film risque d’éveiller d’autres débats…. Celui du rôle de l’église dans ce genre de situation. Mais si vous me le permettez, je m’abstiendrai d’en parler dans cet article.

Revenons à nos moutons… Les personnes avec de lourds handicaps et leur droit à une santé sexuelle…

Nous avons trop longtemps perçu les personnes avec des handicaps au travers de carcans très réducteurs. Auparavant, ils étaient perçus comme des bêtes ou des monstres éveillant la répulsion. De nos jours, nous avons tendance à les percevoir davantage comme des anges… des anges asexués, dépourvus de besoins affectifs et sexuels.

Vivre dans un corps lourdement handicapé implique bien souvent de se vivre comme un objet de soins plutôt que comme un sujet à part entière: «je ne suis qu’un handicapé». Plusieurs personnes vivant avec un handicap apprennent malheureusement à désincarner leur corps pour parvenir à supporter les soins qui leur sont prodigués. Ils abandonnent toute pudeur, se retrouvant fréquemment nus devant de nouveaux aidants dont ils ne connaissent parfois même pas le prénom.  Ils sont complètement coupés de leur corporalité. N’auraient-ils pas droit de prendre pleinement conscience de leur être et de leur valeur, de redécouvrir leur corps, connaître les plaisirs du corps plutôt que sa partie souffrante et aliénante? Pourquoi stigmatiserait-on les personnes qui expriment un tel besoin?

Le métier d’assistant sexuel est une forme d’accompagnement spécifique qui consiste à raviver le plaisir sensuel, érotique ou sexuel chez les adultes en situation de handicap qui en éprouvent le besoin. Cet accompagnement à la vie affective et sexuelle est apparu aux Pays-Bas en 1980, depuis il a été reconnu au Danemark, en Allemagne et en Suisse. Ce service n’existe pas à ma connaissance au Canada. Les personnes  handicapées doivent s’adresser aux prostitué(e)s pour satisfaire leurs besoins.

L’accompagnement sexuel vise une découverte ainsi qu’un éveil à la sensualité par le toucher, les caresses, les contacts corps à corps, avec ou sans génitalité. Ces caresses ou massages sont offerts avec une écoute et une attention constante de l’autre. L’empathie et le respect sont des valeurs essentielles au service. Il faut comprendre que parler de son propre corps, de son rapport à l’intimité et à la sexualité n’est pas chose facile. Cela l’est encore moins pour une personne que l’on considère «différente». Il existe donc une formation sérieuse «d’assistant sexuel pour personnes handicapées» au Pays-bas, au Danemark, en Allemagne et maintenant en Suisse.

De plus, l’utilisation de services en assistance sexuelle se fait également en Israël ainsi que dans quelques villes des États Unis dans le cadre de certaines sexothérapies. Il n’est donc pas réservé uniquement aux personnes souffrant d’handicaps moteurs ou autres. Ce type de service de relation d’aide «pratico-pratique» est utilisé fréquemment par des hommes adultes n’ayant pas eu de relations sexuelles jusqu’alors à cause de troubles anxieux, voire phobiques associés à l’intimité physique et sexuelle. Les thérapeutes en assistance sexuelle travaillent alors en collaboration avec un professionnel (psychiatres, sexologues, psychologues, …) qui supervisent l’ensemble du traitement. Ce service coûte au bas mot entre 2 000 et 3000$ aux États-Unis.

Je ne comprends pas pour quelles raisons nous sommes si peu avancés dans nos réflexions ainsi que nos actions au Québec par rapport aux droits à la santé sexuelle des personnes avec handicaps. Jouer à l’autruche quant à l’existence de ce type de besoin est rétrograde. Surtout dans une société libérale où la place publique est imprégnée de sexe, de suggestivité et d’érotisme. Vous les croyez aveugles et insensibles? De plus, comme sexologue clinicienne, quitte à recevoir de nombreuses tomates en plein visage de la part de mes collègues, je dois admettre que ce type de services m’aurait été utile (d’autant plus pour mes clients!!!) à quelques occasions au cours de mes 16 années de pratique. Je comprends très bien qu’il y a des considérations éthiques ainsi que des limites claires à instaurer dans le rôle de ce type d’aidant, mais le défi me semble surmontable.

Je vous invite fortement à vous rendre sur ce blog afin de pouvoir visionner le documentaire de Jean-Michel Carré : Amour, sexe et handicaphttp://www.claudebee.com/sexualitehandicap5.html Il nous aide à comprendre les besoins affectifs et sexuels des personnes vivant avec un handicap. Il démystifie de belle façon le rôle de l’assistance sexuelle. Si vous désirez en savoir plus sur le métier de Sex surrogate, Il existe également un bon documentaire américain datant de 1986 : Private practices: The story of a sex surrogate. 

Bon visionnement!

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Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.