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Le désir sexuel et le mythe de la spontanéité

Quand je discute de sexualité avec les couples qui me consultent, la perception qu’ils en ont est qu’elle se doit d’être facile, sans tensions et sans inhibitions. Les couples mentionnent systématiquement l’importance de la spontanéité dans leur vie sexuelle. Celle-ci implique une sexualité torride, qui se vit sur l’impulsion du moment. Pour plusieurs, cette passion du «je ne peux y résister, ici maintenant» est un idéal qu’ils recherchent à tout prix.  Pour ces couples, préméditer et planifier le sexe a quelque chose de louche ou de négatif. Ils préfèrent la croyance que le désir sexuel est le résultat d’une chimie des corps ou de la magie.

Lorsque mes clients décrivent avec mélancolie l’époque où leur désir s’enflammait en un rien de temps, je leur explique que la spontanéité «des débuts» est un mythe.  Ce qui semble spontané aux couples, a en fait demandé des heures ou des jours de préparation. Planifier la sortie avec son élu(e), choisir sa tenue, la musique d’ambiance, le restaurant… Toute cette créativité, ce désir de surprendre l’autre et de le séduire; toute cette mise en scène participe activement à la montée du désir sexuel. Il y a donc planification.

Dans une relation à long terme, ce qui devrait arriver tout seul, n’arrive pas ! Le sexe se prévoit. Mais, qu’est-ce que le mot planification signifie ?

Il signifie de mettre de l’intention. Je ne veux pas dire d’inscrire à l’horaire de votre agenda une séance de sexe ou de l’inscrire sur votre liste comme une tâche à faire dans la journée. Mettre de l’intention veut dire : faire une place à l’érotisme dans votre vie à deux. Pour y parvenir, vous avez besoin de prendre le temps. Comme lorsque vous désirez faire plaisir à votre conjoint(e) et lui faire un bon repas. Vous prenez le temps de choisir ce que vous allez préparer, d’aller chercher vos légumes frais, la viande chez le boucher, une bonne bouteille de vin qui s’agence bien avec votre plat. Toutes ces attentions, cette intention, c’est ce qui fait que votre souper sera réussi. La vie sexuelle a besoin de cette même planification.

Plusieurs me disent que cela n’est pas naturel de faire la même chose avec la sexualité. Ils mentionnent même que c’est laborieux pour eux de le faire. Comme si la  séduction était réservée uniquement aux couples qui apprennent à se connaître !  Si vous désirez une sexualité excitante, vous devez apprendre par moments à considérer votre conjoint(e) comme un agréable met à déguster ! Il est tout à fait normal que votre partenaire ne soit pas tout le temps dans les mêmes dispositions que vous. Il faut prendre le temps de l’aider à vous rejoindre en lui donnant un peu plus d’attention et d’affection. Croire à une sexualité spontanée dans la vie de couple a l’effet pervers (excusez le jeu de mot !) de vous déresponsabiliser face à votre désir et votre vie érotique.

Organiser et planifier des soirées intimes à l’avance peut également générer de l’attente. C’est un élément important dans le désir. Dans l’attente, on laisse notre imaginaire faire son oeuvre, on espère aussi. Cette attente peut devenir un langoureux préliminaire.  Fiez-vous sur moi, le« cadre de porte de chambre à coucher magique» qui stimule le désir n’existe pas encore sur le marché. Pour passer un beau moment au lit, cela nécessite en général un peu plus de temps et d’énergie que 15 minutes après les nouvelles de Céline Galipeau !

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006
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L’attirance sexuelle au travail

Actuellement,  pas moins du tiers des couples se crée sur les lieux du travail. Alors qu’auparavant on rencontrait notre communauté et notre âme soeur sur le «perron de l’église», les milieux de travail sont devenus des lieux particulièrement propices à l’éclosion de relations amoureuses ou de relations passagères. Comment expliquer cette réalité ?

Nous passons aujourd’hui beaucoup de temps sur les lieux du travail.  Il n’est pas rare que nous passions plus de temps en compagnie d’un(e) collègue, qu’en compagnie de notre propre famille. Cette proximité favorise le développement de l’attirance sexuelle.

Le partage d’intérêts communs peut également expliquer le développement de cette attirance. En effet, les entreprises d’aujourd’hui utilisent des techniques dans la sélection de leur personnel afin d’embaucher des candidats ayant des caractéristiques précises. Ils recherchent des employés qui possèdent un certain schème de valeurs et une certaine éthique de travail. Les employés se ressemblent davantage qu’auparavant. Dans ce contexte, il est tout à fait compréhensible de développer une attirance pour un(e) collègue lorsqu’il(elle) partage les mêmes passions, les mêmes intérêts ainsi que les même valeurs. Se retrouver jour après jour avec quelqu’un qui est sur la même longueur d’onde, cela peut devenir difficile d’y résister.

Finalement,  partager des objectifs communs et tenter de se dépasser dans un travail d’équipe stimulent l’affiliation. Sentir qu’on fait partie d’un tout, estimer le travail et les compétences de l’autre, recevoir de la reconnaissance pour nos propres compétences et actions, tous ces sentiments donnent envie de se rapprocher. Se sentir compris et apprécié peut éveiller l’attirance sexuelle. Si en plus, on associe ces bons sentiments avec l’érotisation de l’interdit, le désir risque d’être à son comble.  Désirer se rapprocher de l’autre tout en évitant de se faire repérer, cela peut devenir un jeu délicieux !

Affaire DSK: abus sexuel ou abus de pouvoir ?

Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a été inculpé « d’agression sexuelle, de séquestration de personne et de tentative de viol », provoquant un véritable séisme politique en France. Les faits qui lui sont reprochés se seraient déroulés avec une femme de chambre de l’hôtel Sofitel. Elle serait entrée dans la suite du président du FMI pour la nettoyer, quand celui-ci « serait sorti complètement nu de la salle de bain et aurait tenté de l’agresser sexuellement ». Selon les dires de la femme, il l’aurait empoignée et l’aurait forcée à entrer dans la chambre à coucher, puis aurait verrouillé la porte. Il l’aurait traînée dans la salle de bain où il l’aurait agressée sexuellement. Il l’aurait contrainte à lui faire une fellation. L’employée, âgée de 32 ans, serait parvenue à s’échapper, prévenant des collègues et appelant immédiatement le 911.

Depuis ce scandale, plusieurs parlent de la sexualité de cet homme et le décrivent comme un séducteur invétéré qui a perdu la maîtrise de sa vie… Qu’on se le dise: L’agression sexuelle est avant tout un abus de pouvoir. Il n’a rien à voir avec la sexualité du séducteur qui lui, est stimulé par la conquête et l’effet enivrant de l’amour naissant.

L’agression sexuelle est une façon d’imposer son pouvoir et son contrôle sur l’autre. Il fait référence au mépris, ainsi qu’à une perception négative des femmes. Le sexe devient une arme pour contrôler et dégrader l’autre. Dans le cas de DSK, il me semble évident qu’à 62 ans, il ne peut être victime de ses pulsions sexuelles, mais plutôt «victime» de son pouvoir qui lui a fait croire qu’il pouvait être au dessus des lois ou au dessus de tout soupçons.


Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.