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Le Kamasutra chez les aînés

Charmante publicité qui circule en ce moment pour informer les aînés de l’augmentation de la propagation des ITS depuis quelques années dans leur groupe d’âge. Malheureusement, cette publicité choque certaines personnes. La raison est bien simple, le mythe comme quoi les personnes âgées n’ont plus de sexualité est encore bien présent dans les mentalités!

Pour ma part, je trouve cette publicité très amusante et éclairante. Le message est clair et efficace.

À vous de juger !

Les professionnels de la santé à l’origine de cette publicité ont également un site internet pour les aînés (qui le font encore/still doing it !!!!!)  et qui désirent obtenir de l’information pertinente.  safersex4seniors.org

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Le sexe, pour oublier l’ennui

L’ennui est une émotion humaine que l’on peut décrire sous différents aspects. C’est une expérience émotive désagréable où nous perdons contact avec notre vitalité intérieure. L’ennui, c’est ne plus avoir d’intérêt pour nous-même, pour les autres ou pour l’extérieur. C’est une impression d’être figé dans le même et le semblable.  C’est l’émotion contraire à l’intérêt. L’ennui peut frapper la personne seule, mais peut se vivre aussi en présence des autres. Il peut surgir de façon subite, innatendue, mais peut aussi s’installer en nous lentement et insidieusement.  Une chose est certaine, il ternit et grisaille notre réalité.

Le sexe peut facilement être utilisé pour voiler ou même complètement masquer l’ennui que nous pouvons ressentir dans notre vie ou notre relation. La vivacité du plaisir sexuel associé à la fusion avec l’autre peut être un puissant analgésique temporaire. Les fantaisies érotiques peuvent avoir le même effet. Je pense à Stéphane qui trouve sa vie sexuelle rigide et routinière avec sa conjointe. Il attend impatiemment le coucher de son élue pour pouvoir se brancher sur le net. Il y trouve une panoplie d’histoires plus excitantes les unes que les autres. Il ne ressent alors plus le vide et l’ennui… Le revers à cette échappatoire : il ne fait presque plus l’amour à sa femme.

Je pense aussi à Geneviève qui vit seule depuis plusieurs années et qui n’aime pas son travail. Elle multiplie les rencontres sexuelles parce qu’elle aime se nourrir du désir et de l’admiration qu’elle éveille chez ses amants. Elle a le sentiment d’établir des relations et ne ressent plus son ennui… Le revers encore une fois : elle me dit ressentir du plaisir sexuel, mais ne ressent aucune satisfaction sexuelle…

La masturbation compulsive, la promiscuité sexuelle (grand nombre de rencontres sexuelles), tous ces orgasmes, représentent en quelque sorte des manifestations de l’ennui. Une consolation à la tristesse de vivre. L’ennui que l’on ressent mérite que l’on s’y arrête afin de découvrir ce qui doit changer en nous-même, dans notre vie ou dans nos relations. L’ennui est une émotion humaine utile. Il veille  à notre développement. Pour qu’il puisse disparaître, il ne faut pas s’en distraire. Il doit être senti et confronté. Sortir de l’ennui implique un effort, un travail. Il  faut s’opposer à notre inertie et à notre sentiment d’impuissance face à notre réalité. Malheureusement, plusieurs d’entre nous sont prêts à renoncer à leurs potentialités plutôt que d’accueillir la souffrance parfois nécessaire pour les faire grandir …

Référence: Jules Bureau, Vivement la solitude ! La nature et les avantages de la solitude et ses liens avec la sexualité humaine, Editions du Méridier, 1992.

Le sexe et l’entreprise parentale

Quel beau projet d’amour pour un couple que d’avoir un enfant et de construire une famille. Mais combien ce projet provoque l’effet d’un cataclysme dans la vie des couples ! En effet, l’arrivée d’un enfant amène de nombreux changements ainsi que de nombreux défis.  Nos responsabilités se multiplient alors que notre liberté elle, rétrécie. Nos priorités se modifient presque radicalement. C’est le changement à grande échelle: notre perception de nous-même change, nos relations avec les autres changent, notre corps se transforme, notre rapport au temps se modifie, nos vies professionnelles changent et c’est sans parler de la grosseur de notre portefeuille. L’arrivée d’un bébé est un véritable bouleversement psychologique.

En déployant beaucoup d’énergie et de ressources,  les couples parviennent à s’adapter et à se réorganiser dans cette nouvelle vie. Ils peuvent alors se recentrer peu à peu sur eux-mêmes. Ils recommencent à dormir, faire de l’activité physique, voir des amis… Ils reconnectent aussi petit à petit avec leur vie de couple et leur vie érotique.  Ils renouent avec le désir. Avant d’être parents, nous étions amants !

Malheureusement, plusieurs couples ont du mal à se retrouver après la naissance de leur enfant. Ils s’éloignent  lentement et s’isolent dans leur rôle de parents. L’efficacité et la productivité deviennent les valeurs importantes dans la vie familiale. On fixe sans cesse des priorités, on hiérarchise les choses à faire, les cruciales jusqu’aux moins importantes. Malheureusement, le sexe se retrouve bien souvent au bas de la liste, pour ne pas dire, relayé aux oubliettes.  Pourquoi le fait de devenir parent provoque la mort de la vie érotique des parents ? Qu’est-ce qui fait que l’élu(e) de votre coeur préfère la vaisselle à un moment de plaisir et de détente avec vous ? Y a-t-il d’autres enjeux que le temps et la surcharge de tâches qui expliquent cet abandon ou ce renoncement ?

Le premier enjeu est que la vie de famille a besoin de confort, de routine et de stabilité pour s’épanouir. Lorsque nous devenons parents, nous abandonnons tous les activités ou les intérêts que nous jugeons plus frivoles ou irresponsables. On abandonne la moto, le parachute, les sorties dans les clubs ou les sorties à l’improviste. Nous devenons sérieux. Malheureusement, le désir quant à lui, suffoque et s’ennuie dans cette atmosphère.

Un deuxième élément de réponse réside dans notre nouvelle façon de voir la vie avec les enfants. Depuis une bonne vingtaine d’années, nous avons tendance à vivre selon la doctrine «du bonheur des enfants avant tout». L’enfance est aujourd’hui  quasiment «sacralisée». Je vois beaucoup d’anxiété de performance chez les nouveaux parents face à ces nouvelles valeurs. Plusieurs font ce que j’appelle du «zèle parental». Ils désirent être des parents parfaits, c’est-à-dire le meilleur professeur, éducateur, stimulateur, psychologue, nutritionniste et j’en oublie certainement d’autres. Les parents d’aujourd’hui font tout en leur possible pour favoriser un développement parfait et sans blessures à leurs enfants. Ils sont devenus «le sens» à nos vies. Les parents deviennent alors tellement absorbés par leur rôle qu’ils ont du mal à s’en dégager lorsqu’ils en ont l’opportunité. Certaines femmes en particulier se donnent tellement dans leur rôle de mère qu’elles n’ont plus rien à donner pour leur conjoint le soir. Elles désirent s’appartenir pour un moment.

Il y a un autre phénomène (plus féminin celui-là) qui se produit en investissant autant les enfants. Le désir est réorienté vers eux. Le plaisir se trouve maintenant dans l’organisation de la fête d’enfant, dans l’apprentissage du massage des pieds ou dans la sortie au zoo pour stimuler bébé. Toute l’énergie créatrice et la vitalité nécessaires au désir et à l’érotisme sont orientées vers l’enfant. Il y a une certaine substitution. De plus, les contacts physiques d’une mère avec son enfant est source d’une multitude d’expériences sensuelles. Une mère peut éprouver un plaisir physique et émotionnel intense lorsqu’elle caresse la peau de son enfant, qu’elle le berce ou qu’elle l’endort contre elle. C’est un sentiment de fusion délicieux. Une cliente me faisait encore la réflexion hier : «Mon enfant me comble tellement… Je ne ressens plus le besoin de me blottir contre mon copain ». Les enfants ont droit à des étreintes pleines d’affection, il reste aux adultes les baisers rapides, sans grande conviction.

Finalement, il y a un autre phénomène courant (mais dont on parle moins) qui peut expliquer la mort de la vie sexuelle avec l’arrivée d’un enfant. Certains hommes peuvent avoir du mal à érotiser leur conjointe maintenant devenue mère. Certains s’éloignent même dès les premiers mois de grossesse. Les hommes expriment souvent une incapacité à  désirer leur femme comme ils le faisaient avant la naissance de leur trésor. Ils ont du mal à exprimer un désir plus «primitif» à la mère de leur enfant, à qui ils doivent amour et respect. «Je ne peux plus désirer ma femme de façon sauvage et passionnée. Je ne peux plus la posséder comme avant».

Il est possible de surmonter ces obstacles au désir. Pour y parvenir, il faut le valoriser, lui donner son importance. Il faut aussi se responsabiliser et agir lorsqu’on sent le désir se fatiguer. Je dis souvent aux hommes qu’il faut plutôt cultiver le désir chez leur conjointe plutôt que de simplement le surveiller. Les femmes quant à elles, doivent cesser de renoncer à leur vie de femme et d’amante en pensant être de meilleures mères de cette façon.  Reconquérir le plaisir est possible si on y met de l’intention.

référence: Esther Perel. L’intelligence érotique, faire vivre le désir dans le couple. Editions Laffont. 2006

Qui suis-je ?

Je m'appelle Marie-Josée Drouin et je suis sexologue, psychothérapeute auprès de couples et d'adultes depuis 18 ans.